Bérengère Kolly au séminaire Pensée sociale contemporaine : 16 avril 2014

Le séminaire Pensée sociale contemporaine reçoit Bérengère Kolly (LISEC Lorraine) pour une conférence autour de son ouvrage “Et de nos soeurs séparées” Lectures de la sororité (Éditions Lussaud, 2012). La séance a lieu le mercredi 16 Avril, à 18h00 au Grand Salon (salle E14), 1er étage, 18, rue Chifflet, 25000 Besançon.

Présentation de l’ouvrage

Pourquoi invoquer le mot de soeurs dans la lutte politique ? Quel serait le ou les sens de ce terme, sororité, choisi parmi d’autres, et invoqué avec tant d’insistance dans le Mouvement de Libération des Femmes au début des années 1970 ? La sororité, c’est l’amitié, l’amour des femmes pour elles-mêmes, et la solidarité dans la lutte politique. La sororité, c’est cela, et plus que cela ; car la sororité énonce ce que ne peuvent formuler seules ni la solidarité, ni l’amitié : le devenir soeurs du coude à coude dans la lutte spécifique des femmes pour leur libération ; l’invention d’une politique nouvelle, loin des modèles fraternels existants ; la formation d’un nous inédit et oxymorique, supposant à la fois la multiplicité et l’interchangeabilité, une union mouvante et discontinue, une appartenance sans appartenances. À partir du texte emblématique du Torchon brûle, publié entre 1971 et 1972, ce texte entend ainsi proposer quelques lectures possibles de la sororité comme invention politique : une notion qui entend faire de l’amour des femmes entre elles et pour elles proposition philosophique, et politique.

Bérengère Kolly, docteure en philosophie, explore les questions de philosophie politique et les questions éducatives à partir de et par la question des sexes, croisant philosophie, éducation et histoire. Ses recherches portent, en premier lieu, de cet angle particulier, sur la construction démocratique et ses croisements avec un faire-politique des femmes et des femmes entre elles. Les notions de « fraternité » et « sororité » y font l’objet d’une attention toute spéciale, en particulier dans son travail de thèse. Comme « notions prismes », elles révèlent dans leur affirmation et leur confrontation la construction particulière d’une démocratie masculine adossée à l’exclusion du pluriel des femmes ; les formes inédites des résistances sororales dans leur formulation politique – mouvantes, affirmant à la fois l’union et la désunion, la connivence des femmes entre elles, et leur conflit nécessaire – à cette édification fraternelle. Les travaux de Bérengère Kolly s’engagent, en second lieu, dans l’articulation avec ces questions premières, à la formulation de ce que serait une “éducation féministe”, supposant la création d’un « nous » éducateur à la solidarité et à l’émancipation, contrariant cette construction démocratique particulière, et faisant signe vers l’universel et la question plus globale d’une éducation transformatrice.