Présentation générale de l’axe 2

Axe 2 – Pratiques sociales et politiques

 

Présentation générale

L’axe 2, “Pratiques sociales et politiques”, a pour vocation d’interroger les pratiques dans leur capacité à donner forme à la société, à donner un certain contenu (non prédéterminé) à ce que l’on appelle justement “société”. Il s’agit en effet de comprendre comment l’agir humain – sous une forme coopérative et/ou conflictuelle, bref en tant qu’il relève de rapports sociaux – contribue par sa capacité à réunir ou séparer les individus qui composent une société (groupes sociaux aux périmètres distincts) à faire naître différentes manières de se lier ou se séparer produisant ainsi des formes sociales autant que des manières pour une société donnée de se représenter elle-même. Ce qui se joue ainsi dans les pratiques sociales (qui ont de ce fait une dimension politique même lorsqu’elles ne s’inscrivent pas directement dans les espaces traditionnellement dévolus au politique – assemblées, gouvernements, partis politiques – dans une classification traditionnelle des espaces du social), ce sont bien des manières de faire et de dire le social, de réaliser et d’exprimer les formes souhaitées ou imposées qu’une société prend à travers cet agir humain. Toute pratique sociale lorsqu’elle participe à ce façonnage de la société dans son ensemble est en ce sens politique. Elle est ainsi porteuse d’une certaine normativité puisqu’elle met à jour un contrat implicite de la relation des hommes entre eux et supporte ainsi la forme de société qui en découle.

Une telle compréhension du rapport que la philosophie peut entretenir avec les pratiques sociales et politiques ne peut donc faire l’impasse d’un moment descriptif largement nourri par des enquêtes empiriques menées au sein de différentes sciences humaines et sociales (anthropologie, sociologie, psychologie, histoire, économie pour n’en citer que quelques-unes).

Ces moments descriptifs peuvent être de deux sortes :

  • soit un agir collectif qui entretient la forme dominante de l’établissement du lien social (pour cette raison une approche historique est nécessaire, seule apte à mettre à jour les configurations du social historiquement situées – par exemple dans les sociétés contemporaines celle d’un régime économique donné, le capitalisme, qui caractérise les sociétés occidentales et qui s’auto-entretient en lien avec certaines formations sociales ou régimes sociologiques qui lui sont associés: la forme nation, la forme famille, la forme propriété privée par exemple, ces différentes formes entretenant des liens entre elles. Il en irait évidemment différemment dans le cas du monde antique ou des sociétés médiévales, avec un étagement entre économique, religieux, politique bien distinct, si tant est qu’un tel étagement ait encore un sens pour ces univers historiques), mais en lien aussi avec certaines formations politiques ou régimes politiques associés (là encore, dans le cas des sociétés modernes, un regard historique mettrait en évidence les imbrications de l’économique avec la démocratie représentative, l’organisation du pouvoir actionnarial, les institutions de la science) ;
  • soit un agir collectif qui conteste ou critique la forme dominante et se présente ainsi comme expérimentation d’alternatives à cette forme dominante (ce sont ainsi les expériences collectives de l’alternative qui produisent d’autres manières de faire naître, vivre et penser le lien social et d’appréhender son extension possible ou, au contraire, son inscription systémique dans la formation dominante, selon une thèse largement développée dans l’ouvrage de L. Boltanski et E. Chiapello, Le nouvel esprit du capitalisme, Paris, Gallimard, 1999 – là encore les régimes de contestations des formes sociales dominantes doivent eux-mêmes faire l’objet d’une historicisation).

D’un point de vue descriptif, l’axe 2 se propose ainsi d’interroger les formes anciennes et contemporaines dominantes du social (par exemple dans le cas des sociétés contemporaines : capitalisme, néolibéralisme, sciences mainstream, valeurs culturelles dominantes, etc.) en tant qu’elles supposent des manières d’être ou d’agir ensemble (par exemple par une coordination souple par le marché, un fonctionnement par projets individuels coordonnés). Évidemment de telles formes dominantes reposent sur une certaine anthropologie (autonomie, responsabilité, etc. pour le monde contemporain) dont l’axe 1 “Théories des pratiques” pourra proposer un éclairage utile et que l’axe 3 a vocation à interroger à sa manière notamment dans la dimension d’une philosophie et histoire des sciences qui souligne la manière dont la science telle qu’elle se fait embarque avec elle certaines valeurs (cette interrogation est en particulier nourrie dans l’axe 3 dans les orientations philosophie de la médecine et philosophie de l’écologie). Mais il n’est pas moins vrai que les formes dominées (ou critiques) engagent aussi une anthropologie ou une ontologie du social alternatives (vulnérabilité, dépendance, etc.) que l’axe 1, là encore, pourra venir éclairer et dont l’axe 3 ne manque pas de se saisir pour interroger les contours politiques et sociaux de la science (médicale en particulier, le projet “Alterâges” (dir. Sarah Carvallo) en est un exemple).

On peut prolonger cette présentation générale :

  • Par une sélection succincte des publications récentes.