Séminaire Philosophie de l’éducation 2016-2017

Séminaire international de Philosophie de l’éducation
Logiques de l’Agir, ESPE de Dijon, Université de Liège
2016-2017
« Milieu et éducation »
29 et 30 mars 2017

Intelligence et milieu scolaire : le problème de la déficience dans « l’idéologie de l’enfance ».

Présentation générale du séminaire
Le séminaire propose de problématiser l’apprentissage et l’éducation depuis un triple point de vue : un point de vue éthico-éthologique, qui questionne l’apprendre comme une dimension constitutive du sujet humain comme être de milieu ; un point de vue politique, qui interroge les formes et les contradictions constitutives des milieux historiquement et socialement déterminés en modernité capitaliste ; un point de vue clinique, qui s’attache à l’interrogation des processus de subjectivation et des modes d’existence depuis les limites, les lignes de fuites et les points critiques qui traversent leur manières d’habiter leur milieu.
Cette triple interrogation répond à une conception de l’humain comme un être de rapports, pour lequel il y a toujours déjà rapport à un environnement, dans lequel il se situe non pas comme un être indépendant dans un ensemble indifférent et étranger, mais comme un sujet en devenir dans un milieu avec lequel il ne cesse d’apprendre à composer. Dans cette perspective, qu’est-ce qu’apprendre au juste ? Qu’est-ce que développer ses facultés ou ses puissances ? Qu’est-ce qu’acquérir une capacité ? Qu’est-ce que découvrir et s’adapter à de nouveaux milieux ? Et que veut dire alors enseigner, au sens d’apprendre quelque chose à quelqu’un ? Il s’agira d’étudier la manière dont la déclinaison de cette conception permet d’engager de nouvelles conceptions de l’apprentissage et de l’éducation, mais aussi, sur cette base, de développer une approche critique du concept même de « milieu » et des enjeux éthiques, politiques et cliniques qui en sous-tendent la généralisation, voire l’évidence, aux 19ème et 20ème siècles.
Ce séminaire, ouvert à tous, est un séminaire tournant entre Besançon (Laboratoire Logiques de l’Agir) et Liège (MAP – Matérialités de la politique, UR Traverses), avec le soutien de l’ESPE de l’Université de Bourgogne. C’est un séminaire de travail, chaque séance correspondant à un programme de lecture détaillé en amont, précédé d’une présentation problématique de ce corpus par l’un des membres du séminaire.

29 mars, 14h30-17h30

et

30 mars, 9h-12h

Antoine JANVIER (Université de Liège) et Fabio BRUSCHI (Université de Louvain)

présenteront une conférence sur

Intelligence et milieu scolaire : le problème de la déficience dans « l’idéologie de l’enfance »

Nous proposons de partir du travail de Michel Tort sur le quotient intellectuel et de son analyse de la conception de l’intelligence qui sous-tend les tests de QI comme propriété personnelle d’un sujet adapté au milieu scolaire bourgeois déterminé comme milieu normal, pour poser le problème de la déficience qui est au cœur, selon Pierre-François Moreau, de ce qu’il appelle « l’idéologie de l’enfance ». Selon Moreau, cette idéologie est organisée autour de l’enfant comme « moindre sujet », être déficient ou inachevé qu’il faut inscrire dans un milieu approprié afin qu’il devienne sujet véritable (adulte, c’est-à-dire maître de soi et responsable). Nous interrogerons cette thèse à l’aune du travail de Michel Tort sur le QI dans les années 1970, que nous relirons en dialogue avec certains travaux menés dans les mêmes années sur le milieu scolaire comme milieu normal et sa détermination de classe (Baudelot et Establet, Ariès, Foucault). Notre hypothèse est que cette idéologie de l’enfance est nécessairement (du point de vue du concept) et structurellement (du point de vue des institutions) articulée à la production d’une « déficience de la déficience » qui relègue à jamais certains individus à l’état « enfantin », à la fois par le branchement du milieu scolaire sur d’autres milieux (rééducatifs, punitifs, asilaires, etc.) et par le fonctionnement même du milieu scolaire. Nous tenterons, sur cette base, d’identifier, à partir de pratiques pédagogiques et cliniques alternatives, une autre manière de concevoir l’intelligence qui implique un rapport au milieu par lequel l’apprentissage peut se lier à l’émancipation en cessant d’être le principe de la production et reproduction de l’inégalité.

Bibliographie

Ph. Ariès, L’Enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime, Paris, Plon, 1960.
Chr. Baudelot et R. Establet, L’Ecole capitaliste en France, Paris, Maspero, 1971.
F. Deligny, Les vagabonds efficaces, Paris, Michalon, 1947 et « Le groupe et la demande : à propos de La Grande Cordée », Partisans, n° 39, Paris, Maspero, octobre-décembre 1967 (repris dans Œuvres, L’arachnéen, 2007).
V. Despret et M. Meuret, Composer avec les moutons : lorsque les brebis apprennent à leurs bergers à leur apprendre, Nîmes, Cardère, 2016.
M. Foucault, Surveiller et punir, Paris, Gallimard, 1975.
P.-Fr. Moreau, Fernand Deligny et les idéologies de l’enfance, Paris, Retz, 1978.
M. Tort, Le quotient intellectuel, Paris, Maspero, 1977.
Les séances ont lieu : à l’Université de Franche-Comté, UFR SLHS, le 29 mars dans le salon Préclin, le 30 mars dans la salle du département de philosophie, dans les deux cas accès par le 18 rue Chifflet, 1er étage