Séminaire “Pratiques collectives au XIXe siècle” : séance n° 4, mercredi 28 février 2018

La prochaine séance du séminaire “Pratiques collectives au XIXe siècle” du laboratoire Logiques de l’agir aura lieu le mercredi 28 février à 18h00 à l’UFR SLHS de l’Université de Franche-Comté en salle E14 (Grand Salon), entrée par le 18 rue Chifflet, 25000 Besançon.

François ATHANÉ (SND, Paris Sorbonne & LIER, EHESS) présentera une conférence sur le sujet suivant :

Mauss, la nation, les communautés 

Présentation

Les termes « moderne », « modernité » apparaissent rarement dans les écrits les plus célèbres de Marcel Mauss, et ne figurent pas dans l’index des trois volumes de ses Œuvres publiées par Victor Karady. On pourrait penser que cette absence atteste du fait que Mauss fut plus anthropologue que sociologue, et qu’il n’a guère analysé les sociétés européennes de son temps. Ce point de vue, déjà remis en cause par la publication de ses Écrits politiques, est devenu intenable avec celle de La nation, due au travail éditorial de Marcel Fournier et Jean Terrier, où le concept de modernité occupe une place centrale. Mon exposé vise à mettre en lumière ce que Mauss considère comme les traits essentiels des sociétés modernes, et les dynamiques sociales qui expliquent leur émergence et leur devenir. Selon Mauss, la nation est une forme de société rare, dont on trouve peu d’exemples dans l’histoire ; mais toute la modernité tend à la prédominance de cette forme sociale. La nation est une société telle que ses membres ont conscience d’en faire partie, et veulent prendre part à sa direction : conscience de soi et volonté de soi en sont les traits essentiels. La nation est une forme de devenir-conscient, où s’exprime la volonté de maîtriser collectivement des processus sociaux jusqu’alors aveugles ou impensés. C’est pourquoi l’existence d’une dynamique démocratique est selon Mauss essentielle à la constitution d’une nation. Mais la modernité tend aussi vers l’appropriation consciente de l’économie, vers la mise en place d’une direction collective et publique de celle-ci. Notre auteur appelle « socialisme » ce mouvement de démocratisation, relevant à la fois de l’ordre des doctrines et de celui des faits, qui tend à une socialisation de l’économie. Il désigne par « nationalisation », mais aussi « collectivisation, collectivisme », l’instauration d’une direction collective de l’économie, ce qu’il distingue fermement de l’étatisation. La nationalisation des sociétés est pour Mauss une auto-organisation démocratique de leur économie.

Vous y êtes tous, toutes, les bienvenu.e.s!

Magali Bessone au séminaire “Pensée sociale contemporaine”

 

Le séminaire “Pensée sociale contemporaine” a le plaisir d’accueillir mercredi 12 mars:

Magali Bessone (MCF en philosophie, Université de Rennes I)

Pour une conférence intitulée:

“Le concept de race: un concept de sciences sociales”

races

La séance aura lieu le mercredi 12 mars au Grand Salon (Salle E14), à 18h00

18, rue Chifflet à l’Université de Besançon (UFR SLHS)

Contact: vincent[point]bourdeau[at]univ-fcomte[point]fr

Présentation de la séance:

La présentation s’attachera à défendre l’idée que la race est un concept épistémologiquement valide — ce qui ne signifie pas que le contenu et les usages du concept soient bons, justes ou vertueux du point de vue de leur évaluation normative. Etudier le statut et le(s) référent(s) du concept de race implique en outre de tracer une distinction forte entre ce qu’est un concept en sciences naturelles — ce qui a historiquement été le domaine de construction de la race moderne — et un concept en sciences sociales — ce qui est en réalité le domaine dans lequel le concept de race prend sa validité. Le concept de race prend sens contre une épistémologie obsolète qui affirmait à tort l’existence de races « naturelles », contre une idéologie positiviste selon laquelle seule la science naturelle pourrait aujourd’hui in fine valider ou invalider le concept, et dans la perspective d’un constructivisme critique qui ne perd jamais de vue son objectif normatif : la disparition des races comme constructions sociales d’oppression. Penser le concept de race est indispensable pour déconstruire les races et lutter contre le racisme.