VHP1E13 (2018-2019) : Philosophie de l’art, L1, S1 (M. Crevoisier)

Esthétique du sublime :

représenter la puissance de la nature au cinéma

Michaël Crevoisier

 

Contrôle Continu : le 23 octobre

Résumé 

L’artiste peut-il représenter ce qu’il y a de sublime dans la nature ? Ce problème, dont il est courant de dire que le romantisme l’a érigé en défi, n’est pas moins important en philosophie de l’art. Nous tâcherons d’en suivre l’histoire de l’hypsos du Pseudo-Longin jusqu’à l’idéalisme allemand, avec pour objectif de clarifier l’ambivalence du concept de sublime en tant qu’il désigne un sentiment qui peut soit résulter d’une manifestation de la nature, soit qualifier un type d’œuvre d’art. À travers ce parcours nous mettrons l’accent sur deux aspects. D’une part, il s’agira de souligner les enjeux métaphysiques qu’il y a pour la philosophie à pouvoir penser le sublime. Pour cela, nous insisterons sur la manière dont Emmanuel Kant intègre le problème du sublime dans l’architectonique de son système. D’autre part, la dimension esthétique de notre enquête consistera principalement à interroger les images sublimes. Ainsi, en nous concentrant sur les arts visuels nous chercherons à comprendre, du point de vue de la représentation du sublime, la nouveauté propre aux images enregistrées produites par la photographie et le cinéma. Le TD sera l’occasion d’appréhender les thèses abordées en cours à partir de l’analyse d’œuvres picturales et cinématographiques.

Bibliographie principale

– Longin, Du sublime, trad. du grec par J. Pigeaud, Rivages, coll. « Petite bibliothèque », 1993.

– E. Burke, Recherche philosophique sur l’origine de nos idées du sublime et du beau, trad. de l’anglais par B. Saint Girons, Paris, Vrin, coll. « Bibliothèque des Textes Philosophiques », 2009.

– E. Kant, Critique de la faculté de juger, trad. de l’allemand par A. Renaut, Paris, GF, 2015.

– G. W. F. Hegel, Cours d’esthétique I et III, trad de l’allemand par J.-P. Lefebvre et V. von Schenck, Paris, Aubier, 1995-1997 (en particulier, les chapitres consacrés au beau et à l’art symbolique).

– F. von Schiller, Du Sublime, trad. de l’allemand par A. Régnier, Cabris, Sulliver, 2005.

Bibliographie secondaire

– A. Bazin, Qu’est-ce que le cinéma ?, Paris, Cerf, 1976.

– G. Deleuze, Cinéma I et II, Paris, Minuit, coll. « Critique », 1983-1985.

– J.-Y. Chateau, Pourquoi un septième Art ? Cinéma et philosophie, Paris, PUF, coll. « Intervention philosophique », 2008.

– B. Saint Girons, Fiat lux. Une philosophie du sublime, Paris, Quai Voltaire, coll. « La république des lettres », 1993.

– B. Saint Girons, Le Sublime. De l’Antiquité à nos jours, Paris, Desjonquères, coll. « Littérature & idée », 2005.

Filmographie

Lee A. (2012), L’Odyssée de Pi.
Joseph L. Mankiewicz (1963), Cléopâtre.
Anthony Mann (1963), La chute de l’empire romain.
Stanley Kubrick, (1968), 2001 : l’odyssée de l’espace.
Abel Gance (1927), Napoléon.
F. W. Murnau (1922), Nosferatu.
Werner Herzog (1982), Fitzcarraldo.
Werner Herzog (2005), Grizzly Man.
Carl Theodor Dreyer (1928), La passion de Jeanne d’Arc.
Lars von Trier (2011), Melancholia.
Ridley Scott (2000), Gladiator.
Alfonso Cuarón (2013), Gravity.

 

Sommaire du Cours Magistral

1. Introduction générale. La philosophie de l’art

1.1. Les différentes régions de la philosophie
-1.1.1. La logique
-1.1.2. La théorie de la connaissance
-1.1.3. L’épistémologie
-1.1.4. La métaphysique
-1.1.5. La philosophie morale
-1.1.6. La philosophie politique
-1.1.7. D’autres régions de la philosophie

1.2. Histoire de l’art et philosophie de l’art

1.3. La question spécifique de l’esthétique dans la philosophie de l’art
-1.3.1. Origine historique
-1.3.2. Problèmes propres de l’esthétique

1.4. La philosophie du cinéma : problématisation esthétique et ontologique

1.5. Le concept de sublime
-1.5.1. Problématisation générale
– -1.5.1.1. Double tradition : rhétorique gréco-romaine et philosophique grecque
– -1.5.1.2. Quadruple désignation : catégorie, caractère, objet, sentiment
-1.5.2. Spécification du problème pour notre enquête

2. Qu’est-ce qui est sublime ? Le style, l’œuvre et l’objet naturel

2.1. L’approche rhétorique. Le discours sublime
-2.1.1. Le genre sublime
-2.1.2. Pseudo-Longin : la question de l’origine du sublime
– -2.1.2.1. L’originalité de Longin
– -2.1.2.2. Les sources naturelles du sublime
– -2.1.2.3. Les sources techniques du sublime
– -2.1.2.4. L’articulation de l’art et de la nature dans la production du sublime
-2.1.3. De la rhétorique à l’esthétique

2.2. L’approche psychologique. Le sentiment du sublime
-2.2.1. Le sublime nous rend sublime
-2.2.2. Edmund Burke. L’origine psychophysiologique du sentiment du sublime
– -2.2.2.1. Le delight
– -2.2.2.2. Le terrible
-2.2.3. La puissance psychique des mots

2.3. Le sublime naturel et le problème de sa représentation
-2.3.1. Considérations historiques
-2.3.2. L’étonnement
-2.3.3. Les techniques artistiques pour rendre le terrible
-2.3.4. La représentation artistique permet d’écarter le danger de la nature

2.4. De la question du sublime au problème du philosophique

3. Une philosophie du sublime est-elle possible ? L’inconcevable, l’innommable, l’irrationnel

3.1. À la recherche du propre du sublime
-3.1.1. Le beau et le sublime : différence de degrés ou de nature ?
-3.1.2. Approche analytique de délimitation du sublime et du beau

3.2. L’empirisme de Burke : une génétique du sublime
-3.2.1. La méthode empiriste
-3.2.2. Les problèmes d’une enquête sur le sublime

3.3. Le problème du sublime dans la philosophie transcendantale de Kant
-3.3.1. La méthode critique et le questionnement transcendantal
– – 3.3.1.1. Kant lecteur de Burke
– – 3.3.1.2. Les pouvoirs transcendantaux de l’esprit : la faculté de juger
– – 3.3.1.3. Le jugement esthétique de réflexion
-3.3.2. Le sublime transcendantal
– – 3.3.2.1. L’absolument grand
– – 3.3.2.2. La force de la nature
-3.3.3. Qu’est-ce qui est sublime pour Kant ?
– – 3.3.3.1. Le fondement moral du sentiment du sublime
– – 3.3.3.2. La destination suprasensible de l’esprit humain
– – 3.3.3.3. Atteindre les limites du pouvoir de l’esprit

 

Sommaire des Travaux Dirigés

TD 1. Écrire le sublime. Sappho et Hugo

1.1. Description d’un amour sublime par Sappho

1.2. Description d’un paysage sublime par Hugo
-1.2.1. De l’harmonie et la grandeur, à l’effroi du contraste
-1.2.2. La force du sublime métamorphose
-1.2.3. Comment représenter le sublime de la montagne ?
–1.2.3.1. Décrire la vision sublimée de la montagne
–1.2.3.2. Analogie architecturale : la forme sublime
–1.2.3.3. Métaphore océanique : la dynamique sublime

TD 2. Le délice de la tempête

2.1. Représenter la force de la tempête. Mouvement et couleur chez Turner

2.2. Le terrible sans le sublime. Les limites du cinéma à grand spectacle
-2.2.1. Wolfgang Petersen (2000), En pleine tempête
-2.2.2. Roland Emmerich (2009), 2012.

2.3. Vivre une tempête sublime. Une aventure spirituelle : Ang Lee (2012), L’Odyssée de Pi
-2.3.1. Première tempête : un naufrage irréel
-2.3.2. La tempête a révélé la nature : le dérèglement de l’esprit continue
-2.3.3. La nature délire

TD 3. L’homme à la hauteur de l’espace infini

3.1. Photographier le grand Tout
-3.1.1. La bille bleue (1972)
-3.1.2. Le point bleu pâle (1990)
-3.1.3. Voir l’univers comme un tout

3.2. Représenter la puissance humaine de la technique

TD 4. La force sublime de l’homme

4.1. La Passion de Jeanne d’Arc ou le visage sublime de la foi