Historique des séances du séminaire SIPS (2012-2015)

2014-2015

Mercredi 01 avril 2015 :

Guillaume LECOINTRE (Museum National d’Histoire Naturelle, Paris)

Les sciences historiques : quelles prédictions ?  

Résumé

Nous passerons en revue les propriétés requises pour qu’un objet du monde réel soit chargé d’historicité. Nous qualifierons les propriétés des sciences historiques et celles des sciences des processus. Nous montrerons qu’il est possible de pratiquer des sciences historiques mathématisées qui calculent la cohérence de leurs rétrodictions. Enfin, nous spécifierions ce que c’est que la contingence, et pourquoi il est impossible de faire des prédictions à long terme, qu’il s’agisse de l’histoire des hommes, ou celle du vivant.

Mercredi 04 février 2015 :

Jean-Pierre CLÉRO (Université de Rouen)

Sens et valeur de l’Essai en vue de résoudre un problème de la doctrine des chances de Thomas Bayes

Résumé

La règle de Bayes est surtout connue pour avoir posé et résolu le problème inverse de celui qui avait conduit à l’écriture de la loi de Bernoulli, appelée « loi des grands nombres ». Il s’agit de savoir avec quelles chances d’avoir raison ou tort (quand on ne dispose que d’un petit nombre d’informations) il est possible de produire un degré de probabilité concernant les événements ou les subséquences d’événements dont on est informé. Cette règle se situe dans la mouvance d’un certain scepticisme qui a gagné les savants à l’égard de la physique de Newton au cours du XVIIIe siècle ; elle met directement en question, comme l’a bien vu Price qui se fait le porte-parole de Bayes, au décès de celui-ci, devant la Royal Society, les lois qui pouvaient paraître les plus intimement constitutives de l’univers lui-même. Mais il est d’autres façons, plus positives, de l’interpréter. Certes, il y a la manière laplacienne qui la transforme en une sorte de règle de choix des hypothèses explicatives concurrentes ; ce qu’elle n’est guère. En revanche, les calculs de Bayes portant très directement sur les « raisons de croire » (de croire telle ou telle probabilité d’événements ou de subséquences d’événements), ils relèvent d’une nouvelle façon de penser les connaissances pratiques que l’Antiquité grecque et le Moyen Age chrétien avaient tenté d’établir, sans le symbolisme mathématique et les calculs permis par le XVIIIe siècle.

Mercredi 17 décembre 2014 :

Charles BRAVERMAN (Archives Henri-Poincaré, UMR-CNRS 7117, Nancy)

André-Marie Ampère, l’exemple d’un savant unifiant sciences et philosophie

Résumé

Au début du XIXe siècle, alors que les différentes disciplines s’institutionnalisaient, la relation entre la philosophie et les différentes sciences positives était ambigüe. Cette relation était en particulier faite de méfiance et de volonté de domination. D’une part, le mouvement philosophique appelé « Idéologie » soulignait la nécessité de fonder philosophiquement les mathématiques et mettait en avant la méthode expérimentale. D’autre part, des mathématiciens comme Lacroix (membre de l’Académie des sciences et professeur à Polytechnique) ou Gergonne (fondateur d’une revue importante pour la communauté mathématique de l’époque) insistaient sur la nécessité de ne pas se perdre dans des querelles stériles qui auraient pu nuire à l’efficacité des mathématiques et de leurs applications. Dans ce contexte, Ampère faisait figure d’exception ; il utilisait la philosophie afin de questionner les fondements et la portée de sa pratique scientifique. L’assimilation de la méthode expérimentale à une démarche classificatoire ainsi que l’application des mathématiques à la réalité soulèvent le problème de la portée ontologique de la connaissance. Les écrits d’Ampère montrent alors que pour défendre un réalisme structural censé soutenir son activité scientifique, il repense de manière éclectique les philosophies de Locke et Kant.

Mercredi 19 novembre 2014 : Journée Probabilité et droit

Charles SAULEAU (UBFC, Logiques de l’Agir)

 Les probabilités bayésiennes et le principe du contradictoire en enquête criminelle

Résumé

Par définition, une enquête criminelle porte sur un événement incertain, sur lequel des parties confrontent leurs hypothèses. Par nature, le raisonnement porté sur les traces matérielles est alors de type probabiliste. Toutefois, les enjeux éthiques sont tels que l’aversion pour l’incertitude conduit magistrats et enquêteurs à favoriser des arguments binaires et rassurants. Nous verrons tout d’abord, à travers des cas réels, comment ces habitudes s’accompagnent de biais logiques, capables de discrètement conduire à faussement transformer un suspect en coupable (ou fallacieusement l’innocenter). Nous verrons ensuite en quoi les probabilités bayésiennes proposent une méthodologie rigoureuse pour considérablement limiter ce manque de robustesse dans l’interprétation des traces criminalistiques, et de manière plus large, changer la conception de la trace dans le système pénal.

Maureen US (UBFC, EA 3225 CRJFC)

 La probabilité comme fondement des présomptions en droit

Résumé

Le raisonnement présomptif se fonde sur une probabilité. Le fait inconnu, dont il est demandé la preuve, devient probable au regard du ou des faits connus rapportés au cours du procès. Toutefois, sans remettre en cause l’existence même de ce fondement, l’étude des présomptions montre que le degré de probabilité varie d’une présomption à l’autre. Dans certains cas, la probabilité paraît même bien insuffisante pour fonder, à elle seule, le raisonnement présomptif (I). Il est alors naturel de s’interroger sur l’existence d’un éventuel second fondement, qui, en quelque sorte, viendrait soutenir le raisonnement présomptif lorsque celui-ci repose sur une probabilité discutable. Il va ainsi être démontré que le lien présomptif repose non seulement sur une probabilité, mais aussi sur une décision de son organe créateur. Autrement dit, le lien présomptif n’est pas purement logique, mathématique, mais résulte également d’une décision, c’est-à-dire d’un acte de volonté de la part du législateur ou du juge. Il est une véritable règle de droit qui poursuit un objectif précis en matière de politique juridique (II).

Mercredi 15 octobre 2014 :

Richard-Emmanuel EASTES (ESPCI, Paris)

Comprendre les sciences…

Résumé

Si je suis le déroulé d’une démonstration abstraite, du théorème initial aux conclusions, ai-je compris le phénomène qu’elle illustre ? À l’inverse, peut-on comprendre les phénomènes de la nature et de l’univers sans connaissance scientifique ? Au-delà de l’approche qualitative des phénomènes, peut-on parler d’approche « phénoménologique » des sciences, qui ajouterait à la première une dimension explicative ? Quels seraient ses avantages et ses limites ? Au milieu de ce bestiaire, qu’est-ce que ce drôle d’objet que l’analyse dimensionnelle, qui permet de rendre compte des phénomènes en raisonnant seulement sur les unités des grandeurs qui y interviennent ? Telles seront les questions que nous nous poserons lors de ce séminaire, illustré par des exemples.

2013-2014

Mercredi 5 mars 2014 :

Bruno BACHIMONT (Heudiasyc, UMR CNRS 7253, UTC)

Contribution à une épistémologie du concept d’information :
le concept d’information à la lumière d’une théorie du support technique

Mercredi 11 décembre 2013 :

Alexandre SERRES (Université de Rennes 2)
L’évaluation de l’information sur internet : une question politique ?

Mercredi 4 décembre 2013 :

Ronan De CALAN (Université Paris 1)
Comment écrire l’histoire des sciences humaines aujourd’hui

Mercredi 6 novembre 2013 :

Alexandre GUAY (Université catholique de Louvain la Neuve)
La genidentité en physique et en biologie

Mercredi 23 octobre 2013 :

Frédéric BOUCHARD (Université de Montréal)

Les superorganismes sont plus que la somme des organismes qui les composent

2012-2013

Mercredi 6 mars 2013 :
Laurent JODOIN (Université de Montréal)
La jeunesse perdue de l’entropie

Mercredi 6 février 2013 :
Cédric PATERNOTTE (University of Bristol)
Expériences en théorie des jeux – enjeux, contraintes et limites

Mercredi 30 janvier 2013 :
Francesca MERLIN (IHPST  UMR-CNRS 8590, Univ. Paris 1)
Biologie et aléas : le hasard dans la théorie de l’évolution

Mercredi 5 décembre 2012 :
Joël GARNIER (Logiques de l’agir, EA 2274, UFC)
Physique et réalité : se rendre maître et possesseur de la nature

Mercredi 24 octobre 2012 :
Jean-Jacques KUPIEC (Centre Cavaillès, ENS-Ulm)
Ontophylogenèse :  évolution des espèces et développement des individus