Axe 3.2.2 – La fabrique du temps

Présentation

Le temps détermine une catégorie scientifique ; à ce titre, il ne se réduit pas à une construction sociale (Hacking, 1983) ou psychologique. Il n’est pas pour autant naturel ou simplement donné ; il est fabriqué par les scientifiques à trois niveaux : au niveau sémantique, les instruments de mesure et les théories le définissent, le mesure, voire le certifie ; au niveau sémiotique, le temps s’intègre à un ensemble de savoirs (mécanique, thermodynamique, physique quantique, astrophysique…) et de techniques (horlogerie, métrologie temps-fréquence) qui lui confèrent aussi une teneur sociale et anthropologique ; enfin, au niveau pragmatique, il configure des pratiques, celles de la recherche scientifique et celles qui sont embarquées dans les objets technologiques liés au temps (génération, mesure et transfert du temps ; la base de temps des ordinateurs, des réseaux, des systèmes de positionnement par satellites – GNSS) et plus largement toutes les pratiques sociales qui dérivent de ces nouvelles possibilités technologiques. Bien loin d’être neutre, la science performe le temps social et anthropologique. Ainsi le Bureau International des Poids et Mesures (BIPM) génère l’échelle de temps qui sert de référence internationale : UTC (Temps Universel Coordonné). Les principaux instituts nationaux de métrologie créés au dix-neuvième siècle (Physikalisch- Technische Reichsanstalt (Institut Royal Physico-technique), en 1887 à Berlin, devenu Physikalisch-Technische Bundesanstalt (PTB, Institut Fédéral Physico-technique) en 1950; le Laboratoire National d’Essais (LNE, aujourd’hui Laboratoire National de métrologie et d’Essais), créé en 1900 à Paris au sein du Conservatoire National des Arts et Métiers ; le National Physics Laboratory (NPL, Laboratoire National de Physique), créé en 1900 à Teddington ; et le National Bureau of Standards (Bureau National des Étalons), créé en 1901 aux États-Unis, devenu National Institute of Standards and Technology (NIST, Institut National des Étalons et de la Technologie) en 1988) se trouvent actuellement sous la tutelle du ministère du commerce et de l’industrie de leur pays et certifient l’heure légale dans leur pays.  Ces enjeux sont d’autant plus fondamentaux, que, depuis 2018, la seconde sert d’unité de référence pour toutes les autres unités du Système International d’unités (mètre, kilogramme, ampère, etc.) et que sa définition est amenée à évoluer grâce à l’invention de nouvelles horloges à atomes ou ions piégés, fonctionnant à des fréquences optiques.

Depuis ce même dix-neuvième siècle, la philosophie et les sciences sociales ont développé un axe de recherche important sur le temps social en soulignant les modalités d’aliénation qu’introduisent le développement industriel et la prise en charge de l’expérience temporelle par des formatages fondés sur l’optimisation et l’accélération (Marx, Heidegger, Mumford, Bourdieu, Rosa). Néanmoins le rôle de la science a été peu étudié. Il s’agit ici de développer des enquêtes de terrain dans des laboratoires de physique pour étudier la phénoménotechnique du temps.

Cette action se déroule en quatre phases :

  1. Observatoire du temps (l’observatoire de Besançon observait les astres, il va désormais s’observer observant, c’est-à-dire fabriquant le temps  en partenariat avec d’autres laboratoires)
  2. Un programme de recherche de terrain impliquant les chercheurs de FEMTO et des philosophes pour analyser cette fabrique du temps et ses impacts sociaux et anthropologiques
  3. Une formation sur le temps social dans le cadre du Master Philosophie des pratiques
  4. Une information grand public via le musée du temps ou la MSHE.