VHP6U1 : Philosophie moderne et contemporaine 2 – les crises contemporaines, L3, S6 (L. Perreau)

La phénoménologie et la question de l’être

Laurent Perreau

Résumé

Ce cours est une introduction à la phénoménologie. Le fil directeur sera celui du rapport entre phénoménologie et ontologie. En effet, la phénoménologie s’est initialement comprise comme une analyse descriptive des phénomènes, c’est-à-dire de l’ensemble de ce qui apparaît à la conscience : tout être se résorbe ainsi dans son apparaître. C’est cette thèse fondamentale qu’il s’agira d’expliciter, en repartant de Husserl, le fondateur de la phénoménologie. On explorera ensuite la postérité du mouvement phénoménologique, dont la diversité se détermine en bonne partie autour de la question, sans cesse reposée, de ce qu’il reste de l’être et de ce que l’on peut en dire.

Le cours alternera des exposés doctrinaux (CM) et des explications de textes (TD).

Bibliographie

– E.   Husserl, Méditations Cartésiennes et les Conférences de Paris [1929], tr. fr. par M. B de Launay, Paris, PUF, 1994.

M. Heidegger, Être et temps, tr. fr. par E. Martineau.

– Levinas, Totalité et infini. Essai sur l’extériorité, Paris, Le Livre de Poche, 1990.

– Sartre, L’être et le néant. Essai d’ontologie phénoménologique, Paris, Gallimard, coll. Tel, 2008.

– M. Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception, Paris, Gallimard, coll. Tel, 1976.

La phénoménologie et la question du corps

Clara Chaffardon

Ce cours est une introduction à la phénoménologie, qui a pour fil directeur la question du corps. Auparavant appréhendé en référence à l’âme dans une perspective ontologique ou en
référence à la conscience dans la perspective d’une philosophie du sujet, le corps regagne avec la phénoménologie une légitimité philosophique. Dans la mesure où elle thématise le corps vécu ou corps-sujet, et parce qu’elle s’astreint à prendre au sérieux l’union de l’âme et du corps, la phénoménologie s’écarte du dualisme entre esprit et corps et entre sujet et objet qui prévalait en particulier dans l’ontologie cartésienne, pour lui substituer l’idée d’une conscience toujours déjà incarnée, d’un corps à la fois sujet et objet, que résume la formule merleau-pontyenne « je suis mon corps ». Envisageant le corps comme une puissance de signification, une unité symbolique et expressive, elle offre de plus la possibilité de penser la complexité des rapports entre corps physique et corps social ou culturel. Chez Merleau-Ponty, l’analyse se déploie également autour de la notion de schéma corporel, des différents niveaux de l’existence corporelle, et du comportement. En ce qu’elle pose le corps comme condition de possibilité de notre être au monde, ce par quoi nous habitons le monde et qui forme un système avec lui, la phénoménologie explique enfin de manière originale la relation entre le sujet et le monde qu’il vise, renouvelle la question de savoir pourquoi il y a un monde pour nous, et propose de concevoir le corps comme ce qui nous ouvre sur l’être, au sein d’une ontologie du sensible.
Il s’agira donc de comprendre l’apport de la phénoménologie pour penser la corporéité, et la
manière dont elle entend répondre aux autres philosophies du corps avec ou contre lesquelles elle s’élabore. On explorera en profondeur le traitement du corps et de la chair chez Husserl et Merleau- Ponty, qui constituent deux références fondamentales sur la question du corps en phénoménologie.
On s’intéressera notamment au rapport qu’entretiennent ces deux auteurs à la conception cartésienne du corps. On abordera en parallèle d’autres manières de comprendre le corps depuis une perspective phénoménologique. Seront étudiées la phénoménologie sartrienne et la phénoménologie du corps quotidien, mais aussi la question du corps politique, à partir de la phénoménologie féministe de Beauvoir et d’Iris Marion Young, et à partir de la phénoménologie de Frantz Fanon.
Le cours sera basé sur des exposés doctrinaux, accompagnés d’analyses des textes majeurs
de la phénoménologie du corps.

Bibliographie succincte
Levine, E. et Touboul, P., Le corps (Corpus GF), Paris, Flammarion, 2015.
Marzano, M. M., La philosophie du corps, Que sais-je, Paris, Puf, 2010.
Da Silva Charrak, C., Merleau-Ponty, le corps et les sens, Paris, Puf, 2005.
Husserl, Méditations cartésiennes, Lévinas, E. et Peiffer, G (trad.), Paris, Vrin, 2000
(notamment la Ve Méditation).
Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception, Paris, Gallimard, 1945 (notamment la
première partie sur « le corps »).
Beauvoir, Le deuxième sexe, tome 1, Paris, Gallimard, 1949.
Young, Iris Marion, « Throwing Like A Girl, A Phenomenology of Feminine Body
Comportment Motility and Spatiality », Human Studies, vol.3, n°2 (avril 1980), p.137-156
(accessible sur Jstor).
Fanon, Frantz, Peau noire, masques blancs, Paris, Points, 2015.
Sartre, l’Être et le néant, Paris, Gallimard, 1943 (troisième partie, chapitre 2 « le corps »).