Séminaire “Philosophie de l’éducation” 2016-2017

Séminaire international de philosophie de l’éducation
Logiques de l’agir, ESPE de Dijon, Université de Liège
2016-2017
« Milieu et éducation »

le 29 mars, de 14h30 à 17h30 et le 30 mars, de 9h à 12h :

Antoine JANVIER (Université de Liège) et Fabio BRUSCHI (Université de Louvain)

présenteront une conférence sur :

Intelligence et milieu scolaire : le problème de la déficience dans « l’idéologie de l’enfance »

Résumé

Nous proposons de partir du travail de Michel Tort sur le quotient intellectuel et de son analyse de la conception de l’intelligence qui sous-tend les tests de QI comme propriété personnelle d’un sujet adapté au milieu scolaire bourgeois déterminé comme milieu normal, pour poser le problème de la déficience qui est au cœur, selon Pierre-François Moreau, de ce qu’il appelle « l’idéologie de l’enfance ». Selon Moreau, cette idéologie est organisée autour de l’enfant comme « moindre sujet », être déficient ou inachevé qu’il faut inscrire dans un milieu approprié afin qu’il devienne sujet véritable (adulte, c’est-à-dire maître de soi et responsable). Nous interrogerons cette thèse à l’aune du travail de Michel Tort sur le QI dans les années 1970, que nous relirons en dialogue avec certains travaux menés dans les mêmes années sur le milieu scolaire comme milieu normal et sa détermination de classe (Baudelot et Establet, Ariès, Foucault). Notre hypothèse est que cette idéologie de l’enfance est nécessairement (du point de vue du concept) et structurellement (du point de vue des institutions) articulée à la production d’une « déficience de la déficience » qui relègue à jamais certains individus à l’état « enfantin », à la fois par le branchement du milieu scolaire sur d’autres milieux (rééducatifs, punitifs, asilaires, etc.) et par le fonctionnement même du milieu scolaire. Nous tenterons, sur cette base, d’identifier, à partir de pratiques pédagogiques et cliniques alternatives, une autre manière de concevoir l’intelligence qui implique un rapport au milieu par lequel l’apprentissage peut se lier à l’émancipation en cessant d’être le principe de la production et reproduction de l’inégalité.