Présentation générale de l’axe 3

Axe 3 – Pratiques scientifiques et techniques :

humanités médicales, environnementales et numériques

 

Présentation générale

Cet axe porte sur les pratiques contemporaines en matière de santé et d’environnement. Partant d’un constat généralement partagé d’une prise de conscience nouvelle de nos finitudes, fragilités ou vulnérabilités, nous observons des transformations de nos manières de vivre, soigner, engendrer, manger, habiter, échanger, interagir dans et avec le monde. Ces transformations correspondent, d’une part, à des connaissances théoriques nouvelles (en médecine, en biologie, en écologie, en climatologie, mais aussi en anthropologie ou en ethnologie), en lien avec des technologies nouvelles (en particulier les NBIC nano-bio-info-cogno sciences, notamment grâce au développement du numérique), et, d’autre part, à une redistribution des valeurs individuelles et collectives, qui accordent un prix nouveau au bien-être, la réalisation de soi, l’amélioration, la biodiversité, l’écoumène ou les générations futures, considérés désormais comme des richesses précieuses et rares, qui, ainsi, nous obligent à les considérer dans un souci de justice et d’éthique. La nature, la vie ou le corps n’apparaissent alors plus – ou pas seulement – comme des ressources à exploiter, maîtriser ou contrôler, mais comme les lieux où réaliser de façon nécessairement conjointe une santé humaine et une santé de l’environnement. Ainsi surgit une pluralité de pratiques et savoirs, qui transforment nos rapports et feuillettent nos existences, parfois en entrant en tension les uns avec les autres. Il s’agit d’explorer les modalités de ces pratiques : réparer, restaurer, prévenir, prendre soin, innover, mais aussi transformer, améliorer, connaître. Ces transformations demeurent-elles en continuité avec les savoirs et pratiques que nous développions jusqu’alors, ou induisent-elles une rupture qui mènerait à une nouvelle intrication caractérisée comme technosciences ? Quels en seraient alors les critères et les enjeux ?

Ces pratiques contemporaines à l’œuvre dans la santé, l’environnement ou le numérique requièrent d’allier une épistémologie capable de comprendre les sciences, les techniques, voire les technosciences, en interrogeant ce que veulent dire connaître et agir, et une histoire capable de resituer ces connaissances et pratiques dans des conditions matérielles, sociales et institutionnelles. Il s’agit en outre de montrer comment les enjeux de santé, d’environnement et du numérique se conjuguent et interagissent entre eux en portant une attention particulière aux transformations par et dans le numérique, aussi bien en termes de structuration et production de logiques de savoir (intelligence artificielle, big data, open science, bio-informatique), d’archivage, stockage et fouille des données (data mining, biobanque), de transformations des pratiques (apprentissage, accélération, réseaux, hyperpuissance-faille, critères de vérité-formes d’autorité-fake news, souveraineté numérique, redistribution des espaces publics-privés, confidentialité).

Ces différents éléments rejoignent les réflexions sur la politisation des sciences de l’axe 2 dans une perspective propre : quelle compatibilité entre science, technologie et démocratie ? Comment piloter la recherche ? Quels sont les enjeux anthropologiques soulevés ? Comment développer les sciences et techniques en tenant compte des questions de justice qu’elles posent en démocratie ? Comment expliciter l’éthique embarquée dans nos savoirs, nos techniques, nos manières de vivre et plus généralement  le tourbillon de vie dans lequel nous nous situons ?

Enfin ces questions anthropologiques, éthiques et politiques invitent à reprendre et actualiser le projet encyclopédique pour que nous puissions nous appuyer sur une cartographie de la multiplicité des savoirs en jeu dans l’ensemble de ces transformations contemporaines. Les humanités médicales, environnementales et numériques requièrent donc une nouvelle forme d’encyclopédisme, permettant d’articuler des sciences, des techniques et plus généralement des pratiques en respectant la pluralité de leurs méthodes et de leurs objets, et ainsi fonder une nouvelle alliance entre savoir et action collective. Cette thématique générale se décline en deux sous-axes.

  • Sous-axe 1 : Humanités médicales et environnementales (en particulier dans les domaines concernant la génomique, le vieillissement, la fin de vie, la décision et la concertation en éthique médicale et en éthique de la recherche ; l’habitation de la terre et la cohabitation avec les autres vivants, avec une attention particulière sur les plantes ; ontologies en réseaux humains et non-humains).

La réflexion sur l’articulation entre savoir, action et pouvoir, sciences et techno-sciences, constitue le fil directeur de cet axe.