VHP9U2 (2020-2021) : Le commun dans la pensée ancienne et sa réappropriation contemporaine, M2, S9 (A. Macé)

Résumé

Les anciens Grecs témoignent d’une grande richesse d’analyse des communs, qui découle de la grande amplitude des choses auxquelles ils pouvaient faire qualifier de « communes », en leur faisant porter l’adjectif κοινός, ή, όν (koinos, ê, on) : les biens, les richesses, les ressources, les terres, les êtres vivants, humains et animaux, aussi bien que les actes, les dispositions, en particulier les vices et les vertus, mais aussi les sentiments – les joies et les douleurs –, les idées et les notions, ou encore les événements qui nous affectent – le bonheur et le malheur. Or, cette réflexion n’est pas seulement caractérisée par l’amplitude des objets qui confère au concept de commun une extension particulière, mais plus encore par la multiplicité des formes du commun que les anciens Grecs ont explorée, en découvrant que le « commun » se dit de plusieurs façons. Des poèmes homériques à la tradition du commentaire des Catégories d’Aristote, les Anciens nous apprennent comment différents sens du commun doivent être distingués et articulés pour qu’une communauté soit possible et soit pensable, qu’il s’agisse de la communauté sociale qui permet l’existence collective ou de la communauté des choses en quoi consiste l’univers.

Les Anciens nous apprendront à pratiquer une forme de prudence métaphysique consistant à ne pas pas opposer une approche « ontologique » des communs – cherchant dans les dispositions des choses la façon dont elles se prêtent à un usage ou à une appropriation plutôt individuelles ou communes – à celle qui favoriserait la liberté des actes politiques instituants et la communauté de l’action ou le pensée collective : les actions, les événements, les sentiments et les concepts ont eux aussi des traits « ontologiques », ils font tout autant partie des choses qui « existent » que les biens solides, les espèces trébuchantes et les ressources carbonifères. La réflexion des Grecs nous incite à recueillir la variété des styles d’existences de chaque chose, de chaque action ou de chaque disposition pour préciser la manière singulière dont chacune se prête à la décision d’être instituée comme individuelle ou commune ; elle nous introduit à l’art de combiner la diversité des formes de communauté et de particularité, que cet art nous donne la clef de toute métaphysique et de toute science, ou celui des agencements dont l’existence collective se nourrit. Ce faisant, nous apprendrons les conditions d’une nouvelle alliance entre notre existence collective et la communauté des choses.

Bibliographie

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