Ateliers

Atelier thématique de philosophie des sciences

Présentation générale

Les Ateliers de philosophie des sciences sociales se sont tenus à l’Université de Franche- Comté de 2010 à 2015, sur l’impulsion et la direction de Pierre Charbonnier, puis d’Aurélien Aramini. Chaque automne ils ont permis à des doctorants aux préoccupations proches de présenter leurs travaux et de dialoguer entre eux sous le patronage d’un chercheur confirmé, invité à clore la journée par une conférence. À partir de points de vue variés, ils ont pris pour objet récurrent l’intimité des liens entre les sciences sociales émergentes et le domaine politique.

Dans le cadre de ces nouveaux Ateliers doctoraux, nous proposons, en déplaçant le curseur vers l’époque la plus contemporaine et en étendant le champ de la recherche à d’autres pratiques scientifiques, de poursuivre l’interrogation sur les rapports entre les différents niveaux de réalité, registres d’existence et discours de vérité qui cohabitent et constituent notre monde, c’est-à-dire essentiellement à poursuivre le travail d’identification de ce qui peut légitimement circuler entre les ordres social, politique, technologique et scientifique.

Une telle démarche suppose de faire droit à un sentiment qui est si partagé qu’il en est devenu un lieu commun : le sentiment de crise, dont les symptômes manifestes les plus généraux sont la désorientation, la perplexité et la souffrance collectives. Or, précisément, l’une des dimensions de la « crise » actuelle tient à notre sens à la séparation entre les sujets et la pluralité des réalités susceptibles de déterminer, de reconditionner ou de reconfigurer leur existence même.

Le problème général devient ici : 1) celui des conditions d’appropriation, dans les ordres individuel et social, des discours scientifiques ; 2) celui des conditions de correspondance, dans les ordres individuel et social, aux réalités technologiques. Car les conditions d’appropriation et de correspondance sont aussi les conditions d’une réinscription des sujets dans une logique collective de la puissance, donc dans l’espace politique.

Trois lignes de force se dégagent alors. D’une part, la question des relations entre science et philosophie redevient centrale. Il y a une urgence permanente, pour la philosophie, à faire face au problème de l’usage des savoirs scientifiques, mais les modalités de cette confrontation doivent être repensées à la lumière des événements fondateurs de notre temps. Il s’agit, dans la lignée des ateliers précédents, de poursuivre le travail de mise au jour de la dimension potentiellement idéologique présente dans tous les discours du savoir – et notamment dans le choix réductionniste, impensé comme tel, qu’ils appellent souvent. Mais il faudra également reformuler le problème même de la position de la philosophie vis-à-vis de la science, en évitant un certain nombre d’écueils : ceux de la soumission, du mépris, de l’indifférence et du faux salut dans la forteresse du « supplément d’âme» ; c’est-à-dire ré-envisager l’appropriation philosophique du savoir dans l’optique d’une implication des consciences.

D’autre part, il convient d’échapper à l’idée d’une exclusivité du dialogue entre science et philosophie et de se plier à l’exigence d’une reconnaissance de la médiation technologique, de faire droit à l’avènement de l’informatique, et par conséquent du Web et de la numérisation de la société, dont les mutations modifient matériellement tous les domaines de l’activité humaine.

L’enjeu devient, enfin : comment conférer au savoir son maximum de puissance ? Au-delà des seules opérations de différenciation entre le théorique et l’idéologique, nous nous intéresserons aux modalités de représentation collective des concepts scientifiques. De plus, et corollairement, c’est le statut du savoir philosophique qui sera interrogé, et par là, à la fois la légitimité de son discours sur les sciences et la pertinence de ses objets propres.

Synthétiquement, ces trois lignes dessinent quatre perspectives : l’analyse ou la part de l’idéologie ; le positionnement ou le renouvellement du questionnement philosophique ; la reconnaissance des médiations ou la puissance conditionnante de la technologie ; la nécessaire modification du discours ou l’étude de la valeur des images.

Ces quatre perspectives ouvrent à une hypothèse qui relève d’un matérialisme non réductionniste : à la frontière du concept et de l’image, celle d’un renouvellement de la méthode analogique pour envisager un horizon commun de la philosophie, des sciences sociales et des sciences du vivant à l’époque de la révolution numérique.

Pour mettre à l’épreuve cette hypothèse, nous souhaitons explorer successivement trois registres de pertinence de ces problèmes :

1) au-delà de l’adaptabilité : l’appropriation des neurosciences et les conditions d’une correspondance à la plasticité [sous le patronage de Catherine Malabou, 14-15 septembre 2016] ;

2) au-delà du bon usage de l’outil : la numérisation des existences et le conditionnement technologique [4-5 octobre 2017] ;

3) au-delà de l’épistémologie : les conditions mêmes de la pensée et le devenir du transcendantal [2018].

Le comité d’organisation

Michaël Crevoisier, Fabien Ferri et Carole Widmaier

– Année 2016-2018
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– Année 2015-2016
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– Année 2014-2015
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14 octobre 2015 : “La Troisième République et la constitution des sciences sociales”. Télécharger le programme ici

– Année 2013-2014
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18 octobre 2013 : “L’héritage controversé de l’historiographie romantique après 1830”.

 

Bibliographie indicative

– Bachimont (Bruno), Le sens de la technique, Paris, Les Belles Lettres-encre marine, 2010.

– Bergson (Henri), La pensée et le mouvant (1934), Paris, PUF, 2013.

– Berthoz (Alain), La simplexité, Paris Odile Jacob, 2010.

– Berthoz (Alain), La vicariance, Paris, Odile Jacob, 2013.

– Buser (Pierre), Neurophilosophie de l’esprit, Paris, Odile Jacob, 2013.

– Changeux (Jean-Pierre), L’homme neuronal, Paris, Fayard, 1983.

– Coutellec (Leo), La science au pluriel, Versailles, Quae, 2015.

– Dehaene (Stanislas), Vers une science de la vie mentale, Paris, Fayard/Collège de France, 2006.

– Dehaene (Stanislas), Le code de la conscience, Paris, Odile Jacob, 2014.

– Deleuze (Gilles), Différence et répétition, Paris, PUF, 1969.

– Deleuze (Gilles) et Guattari (Félix), Qu’est-ce que la philosophie ?, Paris, Minuit, 1991.

– Derrida (Jacques), De la grammatologie, Paris, Minuit, 1967.

– Derrida (Jacques), Positions, Paris, Minuit, 1972.

– Durand-Richard (Marie-José) (dir.), L’analogie dans la démarche scientifique, Paris, L’Harmattan, 2008.

– Fedi (Laurent) et Salanskis (Jean-Michel) (éd.), Les philosophies françaises et la science, Lyon, ENS Éditions, 2001.

– Foucault (Michel), Les Mots et les Choses, Paris, Gallimard, 1966.

– Granel (Gérard), L’équivoque ontologique de la pensée kantienne, Paris, Gallimard, 1970.

– Gualandi (Alberto), L’œil, la main et la voix, Paris, Hermann, 2014.

– Heidegger (Martin), Les Problèmes fondamentaux de la phénoménologie (1927), Paris, Gallimard, 1985.

– Heidegger (Martin) et Cassirer (Ernst), Débat sur le kantisme et la philosophie (1929-1931), Paris, Beauchesne, 1972.

– Lakoff (George) et Johnson (Mark), Les métaphores de la vie quotidienne (1980), Paris, Minuit, 1986.

– Mabille (Bernard), Hegel, Heidegger et la métaphysique. Recherches pour une constitution, Paris, Vrin, 2004.

– Malabou (Catherine), L’Avenir de Hegel, Paris, Vrin, 1996.

– Malabou (Catherine), Que faire de notre cerveau ?, Paris, Bayard, 2004.

Malabou (Catherine), Les nouveaux blessés, Paris, Bayard, 2007.

– Malabou (Catherine), La Chambre du milieu, Paris, Hermann, 2009.

– Malabou (Catherine), Ontologie de l’accident, Paris, Léo Scheer, 2009.

Malabou (Catherine), Avant demain, Paris, PUF, 2014.

– Meillassoux (Quentin), Après la finitude, Paris, Seuil, 2012.

– Naccache (Lionel), L’homme réseau-nable, Paris, Odile Jacob, 2015.

– Nora (Simon) et Minc (Alain), L’informatisation de la société, Paris, La Documentation française, 1978.

– Philonenko (Alexis), Le Transcendantal et la pensée moderne, Paris, PUF, 1990.

– Pradelle (Dominique), Généalogie de la raison, Paris, PUF, 2013.

– Prochiantz (Alain), Les anatomies de la pensée, Paris, Odile Jacob, 1997.

– Prochiantz (Alain), Géométries du vivant, Paris, Fayard/Collège de France, 2008.

– Rosa (Hartmut), Aliénation et accélération, Paris, La Découverte, 2012.

– Sander (Emmanuel), L’analogie, du naïf au créatif, Paris, L’Harmattan, 2000.

– Sander (Emmanuel) et Hofstadter (Douglas), L’analogie, cœur de la pensée, Paris, Odile Jacob, 2013.

– Sebbah (François-David), Qu’est-ce que la technoscience?, Paris, Les Belles-Lettres-encre marine, 2010.

– Simondon (Gilbert), Du mode d’existence des objets techniques, Paris, Aubier-Montaigne, 1958.

– Simondon (Gilbert), L’individuation à la lumière des notions de forme et d’information, Grenoble, Jérôme Millon, 2005.

– Stiegler (Bernard), La technique et le temps, Paris, Galilée, 3 vol., 1994-1996-2001.